J’appelais Dam au moins tous les jours pour qu’on se retrouve entre les cours. Je faisais semblant de faire du skate, c’était le printemps, les filles étaient en tee-shirt et en jean. On mangeait au restau U pour pas cher et c’était pas dégueu. On se mettait du pastis après le repas et on allait jouer au ping-pong. Sa chambre était au 5eme, et avant de descendre on mettait les hauts parleurs à la fenêtre, tournés vers l’extérieur. On envoyait un cd.
The party's over
A CD skipping
It's the same hook repeating
Cette merde restait en tête toute l’après midi pendant mes cours d’histoire médiévale.
Je m’étais accoquiné avec une fille de ma promo, fan de Gainsbourg, qui laissait toujours dépasser son string de son pantalon. C’était aussi vulgaire qu’érotique. On passait du temps tous les deux à la b.u à essayer de finir nos exposés respectifs, puis on sortait prendre le soleil.
Elle me disait qu’elle partait bientôt pour Paris pour se recueillir sur la tombe de son idole, un être laid mais sexuellement attractif. Je l’ai invité un soir à manger avec nous au restau U, comme ça, parce que je voulais pas que ça ai l’air d’un rendez vous, d’un veux-tu-avoir-des-rapports-intimes-avec-moi-?. On est aller manger et la conversation a atteint des sommets, entre Gainsbourg et les petits pois dans notre assiette froide.
And the walls contain a resonation, laughter, and conversation.
It was fun while it lasted, but now we should be going.
Elle a commencé à nous déballer son attrait pour les hommes, pour les femmes, pour le sexe. Il devait bien y avoir un message clair là-dessous, Dam me répétait qu’elle en avait après moi. Je m’y refusais, j’étais déjà en couple et je n’avais pas pris de douche.
Puis pendant un de ces moments où tous les gens à côté de vous marquent un blanc dans leurs conversations sa voix a retenti comme un écho qui est revenu sous la forme de regards courtisants.
« Et puis j’adore me masturber ».
Elle m’avait regardé dans les yeux, et avait dit ça comme une adolescente qui fait son intéressante. C’était tombé sur nous et ça nous avait fait rire.
J’ai jamais rien fait avec cette fille, c’était mieux comme ça surtout que j’ai accusé le coup quand ma copine a débarqué un jour dans la b.u constatant avec surprise et dégout nos regards complices.
On s’est perdu de vue comme c’est TOUJOURS le cas.
Avec Dam on en a ri, on en a reparlé comme quelque chose qui nous appartenait, comme si tous les hommes voulaient entendre ça de la bouche de leurs amies.
On a continuait nos après midi à écouter de la musique.
C’était le printemps. Les filles portaient des jeans et des tee-shirt et il a mis Epileptic, the first day of our second life. Mais j’en étais encore la:
I hope my body can take it. I hope I make the occasion.
It's only this fucked up.
Dam avait ce bonheur qu’on a quand on écoute quelque chose de fabuleux. Le trio poitevin était fabuleux. Dam était heureux.
On est en 2010, je ne bois plus de pastis, je ne joue plus au ping-pong mais le lp de epileptic tourne en boucle sur ma platine, pour ce que je considère comme un des trois meilleurs disques de la décennie passée. Et Dam m’a avoué que ce 33 tours était encore une de ces plus belle écoute.
Remembering, remembering...Remembering the last days...
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